La cité de l'ananas et la capitale historique et culturelle du peuple Abouré.
En langue abouré, Bonoua (ɔbɔlʋɔn, « à l'orée de la forêt ») est la plus grande ville abouré par la superficie et la population : 118 388 habitants au recensement de 2021. Située à 5°16′N, 3°35′O, à une soixantaine de kilomètres à l'est d'Abidjan sur l'axe international A100 (Abidjan – Grand-Bassam – Bonoua – Aboisso), elle est une commune du département de Grand-Bassam, dans la région du Sud-Comoé.
Bonoua est le siège du Mlingbi, le roi des Abouré Ehivè : son palais royal, au cœur de la ville, reste le centre de la vie coutumière — audiences, cérémonies et fêtes de génération s'y succèdent.
Bonoua, aussi appelée Ehivet, est bien plus qu'une ville : c'est le siège d'un royaume structuré, dynamique et vivant. Selon la tradition, les Abouré — venus d'un espace appelé « Krou » et passés par le royaume Ashanti — fondent la ville autour des années 1820, à l'issue d'un exode conduit par le roi Aoba jusque dans l'actuel quartier de Koumassi. Le nom même de la ville signifierait « à l'orée de la forêt ».
L'organisation sociale, à succession matrilinéaire, s'articule autour de trois générations — les N'Zima, les N'Nowé et les N'Dju — chacune divisée en quatre classes d'âge : Atiblé, Baoulé, Tchagba et Djamian. Le royaume réunit 30 villages et 11 grandes familles claniques disposant de 39 sièges (la famille royale en compte dix à elle seule) : c'est sur ces sièges, qui représentent les ancêtres, que se règlent les affaires du village. C'est dans la famille M'Lévélé que l'on choisit le roi. La cour royale est dirigée depuis 2019 par Sa Majesté Miessan Kacou Venance.
Bonoua a bâti sa réputation sur ses vastes plantations d'ananas, visibles à perte de vue autour de la ville. La culture a été introduite à la fin de l'époque coloniale (1949) et est devenue après l'indépendance le moteur du développement local, avec des agro-industries comme la SALCI à Ono, la SOCABO et la SIACA. Au départ, l'ananas alimentait surtout les conserveries (SAKA, SALCI) avant que l'ananas d'exportation ne prenne le relais.
À son apogée, la région produisait près de 200 000 tonnes d'ananas et la filière faisait travailler près de 30 000 personnes — transporteurs, exportateurs, ouvriers agricoles. La plus grosse coopérative du pays fonctionnait 24 heures sur 24 : nettoyage, conditionnement, mise en carton, palettisation. Puis vint le déclin, dès les années 2000 : la concurrence de la variété MD2 d'Amérique latine au détriment de la Cayenne ivoirienne, la perte du marché français, le découragement des planteurs et la pression foncière liée à l'urbanisation ont fait chuter la production à environ 40 000 tonnes. Aujourd'hui, l'essentiel transite par de grands exportateurs vers l'Europe, tandis que le marché local et de petites unités de transformation se développent. On y cultive aussi le manioc, le palmier à huile et l'hévéa.
La ville compte trois quartiers historiques — Koumassi, Begneri et Bronoukro — chacun avec son organisation coutumière, ses classes d'âge et ses traditions. S'y ajoutent des quartiers périphériques, anciens villages rattachés à la commune en 1990 : Tchantchévè au nord-est, Samo à l'est, Kodjoboué au sud-est, Yaou au sud-ouest et Adiaho à l'ouest.
Chaque année, Bonoua devient la capitale de la fête avec le Popo Carnaval, décrit comme le plus ancien festival de Côte d'Ivoire. Le premier carnaval y aurait été organisé en 1972. La 45e édition s'est clôturée, comme le veut la tradition, par 45 détonations et l'embrasement symbolique de la mascotte, le roi Popo, devant des centaines de curieux.
Le grand défilé rassemble environ 800 000 personnes et au moins 60 groupes — paysans, élèves, fonctionnaires, artisans, commerçants : aucune couche de la société n'est oubliée. Certains portent des déguisements, d'autres représentent leur activité (vendeuses de manioc, de banane…) ou des tenues traditionnelles et contemporaines. L'événement repose sur des institutions solides : la cour royale, garante des valeurs et des traditions, l'association des cadres de Bonoua et les générations au pouvoir — « il ne repose pas sur des individus, mais sur des institutions ».
C'est aussi une opportunité économique : tricots et polos du Popo s'y vendent par centaines (un tricot autour de 2 500 FCFA), au détail comme en gros.
Au cœur de la ville, le parc M'Poussoé s'impose comme un poumon vert d'une dizaine d'hectares : ancienne plantation aux arbres centenaires, c'est un lieu de rassemblement et de réconciliation — là où l'on venait apaiser les palabres. Le parc abrite la source Beigniri, première source d'approvisionnement en eau potable de Bonoua : chaque année, les veuves ayant fait leur deuil y viennent se purifier, et tout bon Abouré s'y rend pour des rituels.
Depuis 2018, la commune est dirigée par le maire Jean-Paul Améthier, qui en est à son deuxième mandat. Parmi les réalisations : le marché rénové et réhabilité (magasins de 4 m², étals numérotés, commerçants regroupés par activité), des abris pour les commerçantes (quartier de Lanois, puis Yao), un nouveau commissariat et des visites aux familles avec des colis pour les personnes âgées. Les deux grands chantiers annoncés avant la fin du mandat (2028) : un complexe sportif (maracana, basket, handball, piscine pour apprendre à nager aux élèves) et une gare routière moderne délocalisée vers Samo. Le maire mise aussi sur l'emploi des femmes et la semi-industrialisation du manioc (attiéké, amidon).